Artistes en lutte de la 69ème édition Jeune Création


Samedi 25 janvier, les artistes en lutte de la 69ème édition Jeune Création ont mené une action afin de dénoncer leurs conditions de travail et leur malaise à propos du partenariat entre la Fondation Fiminco et l’association Jeune Création. Voici leiur tract dans son intégralité :

« ARTISTES EN LUTTE À JEUNE CRÉATION


La parole se libère.

Nous traversons une importante crise sociale. 
Profitons de ce moment de visibilité offert par Jeune Création pour rappeler les conditions dans lesquelles les jeunes artistes travaillent. Cette année la 69ème édition de Jeune Création se déroule dans des locaux mis à disposition par la Fondation Fiminco, promoteur immobilier et mécène culturel. Ceci est révélateur d’une privatisation du monde de l’art qui va de pair avec un abaissement des fonds publics.

Ce qu’il se passe ici fait système et révèle à partir d’un cas particulier des dynamiques plus globales, en particulier le rôle que l’on fait jouer à l’art dans les processus de gentrification violente. La fondation Fiminco refaçonne un quartier de Romainville dans l’un des départements les plus pauvres de France : elle y installe des galeries d’art prestigieuses et des centres commerciaux de luxe, un rappel aux habitants et habitantes les plus précaires qu’ils.elles ne seront bientôt plus les bienvenu•es. Le centre d’art contemporain repose sur des parcelles relevant d’un niveau de pollution qualifié « d’industriel », ce qui interdit en théorie toute construction de logements. Pourtant 18 ateliers d’artistes sont en construction pour des résidences : cela en dit long sur la bienveillance de ces institutions à notre égard. 

Par ailleurs le projet voisin d’une transformation en « base de loisir » de la forêt de Romainville s’inscrit dans la même logique : il s’agit d’un projet très onéreux, archaïque et anti-écologique, qui s’accompagne de la démolition de la cité Gagarine et du relogement contre leur gré de 3000 habitants.  

Dans ce contexte, il nous semble que Jeune Création, au lieu de défendre le droit des artistes, se fait le relais de ces institutions de pouvoir en validant des fonctionnements qui entretiennent leur précarité tout en les mettant en compétition. Pour cette exposition, nous sommes payés 150 euros. Nous travaillons à perte, avec la visibilité pour seule rémunération. Parce que nous sommes jeunes, nous devons construire notre réputation, réseau, carrière, avenir. Pour ce faire, nous acceptons des conditions matérielles précaires au service d’un système financier opaque. Nous, artistes, sommes constamment soumis à une injonction contradictoire : choisir entre nos convictions et des conditions de travail décentes d’un côté et la visibilité de notre travail de l’autre, et beaucoup d’entre nous acceptent ces conditions à défaut d’avoir d’autres alternatives. 

C’est la raison pour laquelle, nous, artistes en lutte, participant.e.s à la 69ème édition Jeune Création, nous nous associons à la mobilisation contre le projet de réforme des retraites du gouvernement et souhaitons nous montrer solidaires du mouvement initié le 5 décembre. Nous nous joignons à l’appel lancé par Art en Grève, rassemblant artistes et travailleur·euse·s de l’art pour mener des actions en vue de faire aboutir nos revendications communes et défendre aussi bien la culture que le service public en général, en faisant le choix de la solidarité dans une société de plus en plus individualiste et génératrice d’une précarité toujours plus grande. 

Car en effet, si nous sommes tous rassemblé·es à l’heure actuelle pour contrer cette énième « réforme » néolibérale, c’est bien son monde que nous combattons. Au-délà de notre condition précaire et de notre lutte sectorielle, c’est bien une politique d’ensemble et cohérente que nous refusons : cette politique qui reproduit les inégalités de genre, de classe ou de race. Les artistes ne sont pas étrangers aux mouvements sociaux qui agitent le pays depuis plusieurs années et qui concernent tous les secteurs de la société : en tant que travailleur.eu.ses de l’art, nous sommes toutes et tous concerné.e.s et appelons toutes celles et ceux qui le souhaitent à rejoindre le mouvement, avec l’espoir de construire collectivement une alternative solidaire & intersectionelle à la marchandisation du monde. « 



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